Le Monde : 22 octobre 2002


Poursuivi pour injure, Michel Houellebecq est relaxé<:b> Poursuivi pour injure et incitation à la haine religieuse contre l'islam, l'écrivain Michel Houellebecq a été relaxé. Le tribunal correctionnel de Paris n'a pas retenu les poursuites, engagées par des organisations musulmanes en raison de propos tenus sur l'islam dans deux magazines. "La religion la plus con, c'est quand même l'islam. Quand on lit le Coran, on est effondré... effondré !", déclarait ainsi l'auteur dans Lire en septembre 2001. Les associations qui s'étaient constituées partie civile réclamaient un total de 190 000 euros de dommages et intérêts.
Les magistrats de la 17e chambre du tribunal correctionnel ont ainsi suivi le parquet, qui avait estimé le 17 septembre, à l'audience, que les propos de l'écrivain relevaient de la liberté d'expression. A la barre, l'auteur avait nié toute aversion contre les musulmans mais avait revendiqué son "mépris pour l'islam". Mardi, les juges ont estimé que les jugements de valeur de nature théologique, littéraire ou artistique, de M. Houellebecq, n'étaient "sans doute caractérisés ni par une particulière hauteur de vue, ni par la subtilité de leur formulation", mais ne constituaient pas un délit.
Ils ont estimé que le terme "con" avait "une connotation outrageante ou à tout le moins méprisante", mais que toutes les religions étaient visées à des degrés différents et que cette phrase ne visait pas les musulmans. "Ce propos ne renferme aucune volonté d'invective, de mépris ou d'outrage envers le groupe de personnes composé des adeptes de la religion considérée", estime le tribunal.
Il ajoute que la critique des textes anciens "n'est pas en elle-même constitutive d'une injure et ne peut en tout état de cause viser les musulmans d'aujourd'hui". Les magistrats refusent à M. Houellebecq le droit à une sorte "d'impunité de la littérature" ou de l'écrivain, notamment lorsqu'il s'exprime, non pas dans son ouvrage mais auprès de journalistes. Mais ils estiment que s'il exprime "de la haine" envers l'islam, il ne le fait pas envers les musulmans et n'invite personne à la partager ni à en tirer des conséquences discriminatoires envers quiconque.
Michel Houellebecq risquait en théorie jusqu'à un an de prison et 45 000 euros d'amende. Les poursuites avaient été lancées par la Société des habous et des lieux saints de l'islam, l'Association rituelle de la grande mosquée de Lyon, la Fédération nationale des musulmans de France, la Ligue islamique mondiale, basée en Arabie saoudite, et la Ligue des droits de l'homme. Elles souhaitaient une condamnation au nom "du droit au respect pour les musulmans".
"DES TEXTES DE HAINE"
A l'audience, le romancier avait revendiqué le droit de critiquer les religions monothéistes. "Les textes fondamentaux monothéistes ne prêchent ni la paix, ni l'amour, ni la tolérance. Dès le départ, ce sont des textes de haine", a-t-il déclaré. Plateforme se termine par un attentat imaginaire perpétré par des islamistes anti-Occidentaux dans un bar d'un complexe touristique en Thaïlande, le Crazy Lips, et qui provoque la mort de 117 personnes, en majorité des touristes étrangers. L'écrivain français avait été défendu dans le quotidien birtannique The Guardian par Salman Rushdie, pour qui "dans ce procès, les deux parties avaient déjà perdu. La réputation de Michel Houellebecq a été compromise et ses adversaires islamiques sont apparus, une fois encore, comme des opposants à la liberté de parole". Selon l'auteur des Versets sataniques, "si les romanciers ne peuvent décrire des nazis ou des fanatiques sans être accusés d'être nazis ou fanatiques, ils ne pourront plus travailler".
Me Jean-Marc Varaut, avocat de la Société des habous et lieux saints de l'islam, a annoncé qu'il allait faire appel. La mosquée de Paris s'est déclarée "extrêmement déçue" par la relaxe de l'écrivain, a indiqué Me Chems-Eddine Hafiz, l'un des avocats de l'institution musulmane. "Nous pensons faire appel", a-t-il annoncé, alors qu'il venait de se concerter avec le recteur de la mosquée.
"Nous estimons toujours que les propos de Michel Houellebecq étaient de nature à alimenter l'islamophobie et la stigmatisation de la religion musulmane, alors que celle-ci a déjà beaucoup de mal aujourd'hui à se fondre dans la République", a ajouté Me Hafiz.
Avec AFP et Reuters

 

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