Astrologos : Un saturnien bien particulier ( entretien avec françoise Hardy)


Interview de Michel Houellebecq par Françoise Hardy parue dans "Astrologie naturelle" en mai 1999. Michel HOUELLEBECQ Un saturnien bien particulier Phénomène littéraire de l¹automne 1998, il a bien failli obtenir le prix Goncourt pour son sulfureux deuxième roman, Les particules élémentaires. Provocateur, paradoxal, sarcas-tique, désespérément lucide, Michel Houellebecq est tout sauf politiquement correct. Françoise Hardy l'a rencontré pour nous. 26/2/1958 à 10h00 TU à Saint-Pierre de la Réunion F.H. Avez vous déjà eu des raisons de penser que le ciel sous lequel on naît est suscep-tible de conditionner en partie notre personnalité et par là même notre destin, dans la me-sure où il nous arrive en partie ce que nous sommes ? M.H. Dans le principe, je ne crois pas à l¹astrologie, je reste fidèle au raisonnement scientifique, etc... mais je trouve que je ressemble davantage au portrait des Poissons qu¹à celui des onze autres, ce qui m¹arrange bien, car c¹est un Signe assez sympa. F.H. En quoi par exemple ? M.H. La compassion... Ce n¹est pas un Signe dur... En fait, que je croie ou non à l¹astrologie, je trouve la description du caractère des douze Signes vraiment parlante, elle évoque des types psychologiques qui existent réellement. Même si ce n¹était que ça, ce serait déjà une magnifique tentative de caractérologie. Personnellement, il m¹arrive en voyant certaines personnes, de penser qu¹un tel correspond au Bélier, tel autre au Can-cer... Je sens assez bien ce que cela recoupe... F.H. La partie la plus importante de votre ciel < votre Signe solaire les Poissons, vos dominantes planétaires Saturne et Pluton vous prédisposait à la base à être déconnecté du monde extérieur, à vous y sentir plus ou moins étranger, d¹autant plus que la disso-nance Lune Pluton sensibilise à l¹excès et dès la prime enfance à la moindre attitude ap-paremment ou effectivement excluante, rejetante, de l¹environnement immédiat... Un con-texte familial relativement équilibré, suffisamment aimant atténue cette sensibilisation, si-non il l¹amplifie. À la faveur de cet éclairage astrologique, on est tenté de supposer que la mère dénaturée que vous dépeignez dans Les particules élémentaires a quelques points communs avec la vôtre.Vous est il possible d¹en parler ? M.H. Je suis effectivement très sensible aux attitudes excluantes. Dès que je sens des signes d¹appartenance à une bande, une tribu, un milieu, des codes, dès qu¹un groupe se constitue, je suis automatiquement en dehors... Je suis mal avec les riches, mal avec les pauvres, mal avec les branchés, mal avec les BCBG traditionnalistes, mal avec les bandes de jeunes ou les milieux professionnels... A la sortie de mon premier livre pourtant, je me suis rendu compte que j¹étais écrivain parce que je ³collais² au milieu éditorial où je me sentais crédible... C¹était une appartenance facile que je n¹avais jamais ressentie avant, sauf dans les hôpitaux psychiatriques : je me sens bien avec les fous alors que j¹ai rejeté ou me suis senti rejeté par tous les milieux ordinaires avec la plus grande violence. C¹est très net et très constant dans ma vie : dès que je sens qu¹un point de vue consensuel commence à se manifester, j¹ai un vif désir d¹apporter le trouble dans cet ensemble et j¹y parviens en général. F.H. La valorisation dans un ciel natal de Saturne, Pluton et Mercure, prédispose à être du type libre penseur, observateur, distancié, critique, contestataire, démystificateur, attiré par la complexité, plus à l¹aise dans le monde des idées, de l¹abstraction que dans celui des sentiments et des réalités matérielles... Vous dites que c¹est important d¹être lucide, tout en plaçant la bonté, l¹amour désintéressé au dessus de tout : seriez vous aussi doué pour la bonté que pour la lucidité ? M.H. Non. Je ne suis pas très doué pour la bonté. F.H. Vous vous reconnaissez pourtant dans la compassion que l¹on prête aux Poissons... M.H. J¹ai épousé ma femme pour sa bonté mais comme je ne suis pas quelqu¹un de bon, j¹ai un profond respect pour cette qualité là. Je ne crois pas que je sois capable d¹aimer les gens mais je suis capable de compassion. En fait pour s'attacher vraiment à moi, il faut éveiller ma compassion. C¹est très Poissons... F.H. Certaines femmes sont attirées par l¹aspect oiseau blessé d¹une personnalité. tout en ayant tendance à surévaluer leur pouvoir de guérison et sans s¹attendre à ce que l¹oiseau blessé les maltraite, justement parce qu¹il a subi un mal irréparable. Vous est il arrivé de fuir ou piétiner l¹amour que l¹on vous manifestait ? M.H. Je ne suis jamais cruel mais je peux me rendre insupportable à force de geignardise pour tester la capacité de résistance et d¹amour de l¹autre. Je peux exercer sans scrupule un immonde chantage affectif qui fait d¹ailleurs craquer la plupart des femmes, en me montrant plus bas que tout, parce que j¹ai besoin de savoir jusqu¹où on va pouvoir me supporter. Mais je vais devoir changer un peu ma stratégie car je suis devenu une vedette et qu¹on plaint un peu moins une vedette... Je ne suis plus vraiment crédible en raté, en minable, en désargenté etc... J¹ai plus de mal à me faire plaindre maintenant... A moins que je tombe très malade... (Rires.) F.H. D¹après votre ciel où Mars, Vénus et Neptune ne font pas partie de vos do-minantes, la fonction sensation n¹est pas ce qui devrait prévaloir chez vous. On pourrait même avec la dissonance Lune Pluton parler d¹un rapport plus ou moins problématique au corps, d¹une certaine impossibilité à fusionner... M.H. Je n¹ai probablement pas un rapport idéal à mon corps, mais l¹appétit sexuel est quelque chose d¹assez fort chez moi et je connais l¹état fusionnel chaque fois que je fais l¹amour. F.H. Pardon d¹insister, bien qu¹un ciel de naissance ne dévoile pas tout, tant s¹en faut, le vôtre va dans le sens d¹une grande distanciation intellectuelle vis à vis des désirs et des affects... M.H. C¹est vrai aussi. Il y a des périodes où je m¹en fiche complètement... D¹autres où je suis extrêmement participant... Il m¹est arrivé de me demander si ce n¹était pas dû aux sai-sons... si je n¹avais pas des périodes de rut comme les animaux... Et puis, je peux avoir des moments de retrait total... Il y a en moi à la fois un peu du Bruno des Particules élé-mentaires, totalement tributaire de ses désirs, et un peu du Michel qui en est totalement dépourvu... Je vais vous dire quelque chose de très important... F.H. Il était temps... M.H. J¹aime les femmes... (Silence) Mais au fond je m¹en fous et je ne suis jamais de-venu fou pour une femme... F.H. Mars est votre planète la plus faible, moyennant quoi vous devriez avoir horreur de la violence. M.H. J¹ai particulièrement horreur de la méchanceté. A vingt ans, j¹ai donné un coup de pied à un pigeon, c¹est ce que j¹ai fait de plus méchant dans ma vie et je m¹en veux en-core. F.H. Avez vous, petit, souffert des sévices dont le Bruno des Particules élémentaires est victime de la part de garçons plus âgés que lui ? M.H. J¹y ai assisté et cela m¹a dégoûté de l¹humanité, je veux dire des hommes. Cela a durablement orienté la mauvaise opinion que j¹ai d¹eux. Les situations d¹agression me font horreur, je ne les supporte pas et suis incapable d¹y faire face. F.H. Votre position est opposée à celle de Kundera qui croit que les femmes sont si conséquentes dans leur cruauté, que si elles avaient fait les guerres à la place des hommes, il n¹y aurait pas eu un seul survivant. M.H. Je pense l¹inverse et je crois que c¹est moi qui ai raison. F.H. Dans votre premier roman, le narrateur évoque son trait de caractère majeur (qu¹il partage avec le Michel des Particules élémentaires) : une ³excessive lucidité ... transcen-dante aux schémas perceptifs de l¹existence ordinaire². Dans la grille de lecture R.E.T.® qu¹utilise l¹astrologie moderne, la fonction de Saturne, planète dominante dans votre ciel natal, est justement de ³transcender l¹Existence² : prendre du recul par rapport au vécu, s¹abstraire des affects, creuser les faits, approfondir, multiplier et décortiquer les expé-riences pour en découvrir les rouages cachés. Est ce que ça vous interpelle au niveau du vécu ? M.H. Oui. À certains moments j¹ai cette malheureuse capacité de voir comment les choses se passent, au point d¹en perdre toute possibilité d¹adhésion. C¹est une expérience pé-nible... F.H. Saturne qui, en raison de son cycle de trente années, gouverne le stade adolescent, est la planète des interrogations, du doute, de la quête profonde du sens et de la finalité de toute chose. Mal vécue, cette fonction peut favoriser la mélancolie, la solitude, le senti-ment profond et douloureux de l¹aspect éphémère, vain, futile et, en fin de compte, ab-surde de toute chose... M.H. C¹est très schopenhauerien tout ça... Je vais être beaucoup plus ³people² que vous : j¹ai été projeté sur la scène médiatique alors que je n¹avais exprimé que des doutes... Les gens m¹aiment bien et j¹ai donc trouvé une sorte de justification sociale à la solitude et aux doutes qui constituent le plus clair de mes écrits. Je suis quelqu¹un d¹authentique qui ne croit pas à ce que la plupart des gens croient et éprouve un certain plaisir à enfoncer le clou... Quand j¹étais adolescent, j¹avais un fort besoin de certitudes rationnelles, j¹étais at-tiré par le savoir absolu, par la Science, par les mathématiques... Mon rêve n¹était pas de devenir un grand écrivain mais un grand scientifique... F.H. Le Saturnien de haut niveau a souvent une éthique contraignante. Etes vous aussi rigoureux, intransigeant sur le plan existentiel que sur le plan intellectuel ? M.H. Disons que je n¹ai jamais dévié sur certains principes... (Cherchant) Je n¹ai jamais fait de promesse non tenue... J¹ai beaucoup de mal à mentir... Je ne peux pas laisser tom-ber les gens qui sont dans le malheur... Je suis tourmenté par la culpabilité, en particulier celle de n¹avoir pu m¹occuper de mon fils aussi bien que j¹aurais dû... F.H. Une dominante Saturne Pluton sur fond Poissons prédispose à avoir du mal à se motiver. On vous dit dépressif ? M.H. Ce n¹est pas le qualificatif qui convient. (Agacé) Il suffit que vous soyez fatigué et n¹ayez envie de rien faire pour que les gens vous croient dépressif. En réalité, je suis ex-trêmement heureux de pouvoir rester couché pendant des jours sans rien faire d¹autre que bouquiner... J¹éprouve un vrai bonheur à regarder la mer ou un petit chien... Je peux me sentir très bien quand il ne se passe absolument rien. Je ne suis pas si dépressif que ça, j¹ai juste besoin d¹être seul. F.H. En quoi vous sentez vous encore adolescent ? M.H. J¹ai sans doute gardé certains traits de l¹adolescence et ça explique en partie mon succès. Bien que n¹étant pas jeune, je plais aux jeunes. Je ne peux pas expliquer pour-quoi mais je sais que j¹ai une image de jeune. C¹est étrange... Comme Gainsbourg, j¹ai peut être devant moi un bel avenir de vieux jeune. F.H. Après le temps saturnien de l¹adolescence arrive à l¹âge de trente ans le temps ura-nien de l¹âge adulte. On peut mettre sur le compte de la faiblesse d¹Uranus dans votre ciel, la dénonciation que vous faites des forces ou modèles de comportement figés qui succèdent au ³déchaînement vers l¹âge de treize ans des attracteurs pulsionnels² : y a-t-il d¹autres as-pects inhérents à l¹âge adulte qui vous indisposent ? M.H. Honnêtement : rien. (Long silence) Mais je n¹y arrive pas. (Rires) J¹ai écarté des femmes rationnelles pour en épouser une très irrationnelle, mais aussi très vivante, très gentille. En fait, je me fais chier avec les gens normaux... Je suis quelqu¹un d¹ouvert, mais parmi les aspects qui se rattachent à l¹adolescence, il y en a aussi que je déteste. La ré-volte par exemple... F.H. Vous êtes vous même un rebelle, un contestataire pourtant !M.H. C¹est vrai. F.H. Il me revient que vous avez écrit des lignes virulentes contre l¹égoïsme, l¹agressivité, le conformisme du pré adolescent surtout quand il est en groupe. M.H. J¹ai beaucoup durci ma position à propos de la polémique qui a eu lieu autour de la fin de mon livre et qui ressemble à de la science fiction. Finalement, ça me paraît une très bonne fin. F.H. Vous voulez dire que le clonage qui permettrait < je vous cite < que ³l¹humanité or-ganise elle même les conditions de son remplacement² vous paraît un progrès possible ? M.H. Ce serait déjà un moyen d¹échapper au vieillissement et à la mort qui rendent la condition humaine si misérable. F.H. Tout ce qui évoque de près ou de loin l¹eugénisme provoque immédiatement une le-vée de boucliers. De plus, vous dénoncez la confusion fréquente entre liberté et imprévi-sibilité, ainsi que l¹autoritarisme et la confusion qui ont entaché les notions de liberté, de dignité et de progrès, au point de les rendre inefficaces. Il y avait là de quoi vous mettre à dos une bonne partie de l¹intelligentsia ! M.H. La liberté est l¹un des grands thèmes de mon livre, un thème sur lequel j¹ai beaucoup insisté mais que personne n¹a relevé. Il y a cette scène où le personnage d¹Annabelle de-vrait rejoindre celui de Michel qui vient d¹enterrer sa grand mère. Contre toute attente, elle n¹y va pas. En cet instant clé, déterminant pour la vie de chacun d¹eux, elle fait l¹expérience concrète de la liberté. C¹est ainsi que je vois la liberté : un moment où on a le choix et où, en fin de compte, on ne choisit pas, on se laisse guider par quelque chose de plus fort que soi qui vous pousse. F.H. Vous savez sans doute que le Signe des Poissons a une sensibilisation parti culière aux contraires, qui l¹amène à éviter de choisir dans une alternative et attendre qu¹une troi-sième voie se présente. M.H. Chaque fois que j¹ai un choix raisonné à faire, je panique. Je me sens libre quand je fais quelque chose ou quand j¹ai l¹impression d¹avoir fait quelque chose que je n¹avais pas décidé avant. F.H. L¹opposition Soleil Pluton qui marque votre ciel est actuellement réactualisée par le passage de Pluton au double carré de votre dissonance natale. En clair, votre prédisposi-tion de base à ne pouvoir obtenir une forme de reconnaissance sans que le ver vienne aussitôt se glisser dans le fruit, quitte à l¹introduire préalablement vous même, est réac-tualisée... M.H. C¹est vrai qu¹on me fête, mais c¹est vrai aussi que je suis un messager de mort. Dans un sens, je suis content ; c¹est ce que je voulais. Je suis venu apporter la destruction. Je le sais. C¹est gênant à dire, mais c¹est la vérité. F.H. Est ce que sur le plan personnel... M.H. Je suis beaucoup plus mégalo que ça! (Rires) J¹ai mis à feu et à sang la critique litté-raire en France et je compte étendre mon action à l¹Europe et aux Etats Unis. Ma mission n¹est pas terminée. F.H. ... le fait que votre livre ait été en partie incompris par beaucoup de lecteurs vous af-fecte ? M.H. Non. Je suis confiant... F.H. Vous pensez qu¹avec le temps vous serez de mieux en mieux compris ? M.H. Oui. F.H. N¹est ce pas lourd à porter d¹être un visionnaire pessimiste ? M.H. Enfant déjà, j¹étais conscient de voir mieux, plus profond, plus loin que les autres. Mais ma vision n¹est pas que noire. F.H. Vous saviez en écrivant Les Particules élémentaires que c¹était un livre important qui ne passerait pas inaperçu ? M.H. Oui. Je pensais qu¹il susciterait des réactions violentes, mais sans imaginer un tel succès public.... Vous ne m¹avez pas parlé de mon Signe Ascendant, quel est il ? F.H. Gémeaux. Un Signe adaptable, mobile, souple très différent de Saturne et des Poissons. M.H. (Ironisant) Je suis malheureusement un garçon très intelligent. Je n¹ai aucune diffi-culté à être une vedette. Je comprends parfaitement ce que les médias me veulent et je l¹accepte. Je suis un vrai ³pro² des médias : adapté, habile, subtil... Le système de la mode ne me dérange pas. Mais cette adaptabilité que vous dites Gémeaux, je croyais qu¹elle relevait des Poissons. F.H. L'adaptabilité Gémeaux repose sur une curiosité assez superficielle, celle des Pois-sons sur une relative indifférence de fond... M.H. (Suave) Le milieu "branché" m¹a soutenu dès mes origines médiatiques et j¹ai l¹impression de surfer avec aisance sur les courants de mode. En plus, j¹aime les gens... F.H. Mais au fond vous vous en foutez ? M.H. Mais au fond je m¹en fous. Bizarrement, mon succès ne m¹étonne pas, j¹en suis même heureux. Mais j¹ai longtemps connu le contraire et ça ne me dérangeait pas. (Pris d¹une brusque sollicitude) Vous allez avoir du mal à débrouiller tout ça, Françoise. -------------------------------------------------------------------------------- Merci Richard Pellard, rédacteur en chef de la revue d'astrologie AstroLogos pour cet article.

 

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