Der Standard : 12 février 2002 Der Standard


© DER STANDARD, 12. Februar 2002
Soyez abject pour être vrai
« Plateforme » le nouveau roman controversé de Michel Houellebecq est paru en allemand. par Radek Knapp
Entre-temps, aussi Michel Houellebecq devait se rendre compte. Les livres qui dégoûtent l’européen de l’ouest sont de bons livres. Après son roman Les particules élémentaires on est devenu vraiment fantaisiste. (…) On a parlé de la plus mauvaise prose de la dernière décennie
Cela paraissait vraiment décevant et scandaleux. Mais ce qui est vraiment décevant, c’est que l’auteur n’ait pas eu besoin d’exagérer pour écrire ce conte dégénéré. Michel Houellebecq suit un recette bien simple : Soyez abject,mais soyez vrai ! Dans un autre temps et un autre monde, cette proposition ne serait pas logique. Mais aujourd’hui et ici, il a déshabillé complètement l’européen de l’ouest comme ne l’a jamais pu faire aucun autre professionnel. Après ce strip-tease, il devenait évident que l’européen de l’ouest n’avait rien d’autre que ses parties génitales et sa carte de crédit.
Dans Plateforme, son nouveau roman, le couple est le thème central. Le protagoniste Michel travaille dans les « affaires culturelles ». Il est fatigué, lessivé , et le plus triste : c’est un européen de l’ouest. A la suite d’un héritage, il passe ses vacances en Thaïlande pour se consacrer à la dernière occupation motivée : l’oubli dans l’orgasme. Et exactement dans le pays des déviances sexuelles il rencontre Valérie. Elle est comme lui européenne et c'est une femme cadre supérieur dans le tourisme. Il est intéressant de noter qu’ils n’ont pas de contact sexuel en Thaïlande. Seulement de retour à Paris dans l’Europe grise, « où les saisons changent tellement vite qu’on est dans un état d’un malaise permanent », ils deviennent un couple. Au début, Michel est touché par le dévouement sexuel de Valérie. Mais même si la plate-forme de leur bonheur semble le sexe, il se produit entre eux une affection difficilement identifiable. Après un an de relation réussie, ils retournent en Thaïlande. Ils décident d’y rester. Quant leur bonheur semble au sommet, Valérie est tuée lors d’un attentat islamique « sot et sans aucun sens. »
Les propos supposés racistes de l’auteur contre l’Islam devenaient partout un point central du scandale du livre. Mais ce sont surtout des pensées de vengeance d’un homme qui a subi une injustice, et ses pensées auraient également pu concerner un français. Mais apparemment, on ne se contente pas d’un bon livre, aujourd’hui, mais il faut qu’il soit scandaleux. Quelques langues critiques peuvent dire que Plateforme n’a pas la force des Particules. Mais on pourrait dire la même chose pour les Particules si elles étaient écrites après Plateforme. D’autre part on pourrait dire que l’auteur n’aurait pas dû feuilleter aussi souvent le Guide Michelin. De l’autre côté, on pourrait dire aussi qu’il s’agit de l’authenticité. En un mot, il serait très difficile de se lancer dans des remarques stylistiques et critiques. La haine et l’envie humaines, symbolisées par le fanatique islamique, détruit la dernière plate-forme d’un bonheur amoureux possible pour Michel. « Le malheur est dur », dit-il une fois, pour dire une autre fois : « Grâce à lui je sais qu’il y a du bonheur. » Pour un auteur à ce point désillusionné, on rencontre souvent des mots comme amour, bonheur et harmonie.
Le protagoniste Michel n’est pas un Marquis de Sade, et pas non plus un érotomane à cent pour cent. Il est plus probable qu’il aime le sexe autant qu’il le déteste. Il l’aime comme un moment authentique, ou la vérité, si l’amour peut exister, se montre brièvement. Et il le déteste parce qu' il lui montre un univers éphémère. Comme avec Les Particules beaucoup de lecteurs vont poser le livre - dégoûtés par le contenu - dans un coin, alors que les autres avaleront leur dégoût pour en trouver un message complexe mais sous -jacent de notre société.
En outre, il faut remarquer la chose suivante: Il est extrêmement improbable qu’un auteur fasse une œuvre si réfléchie et dense, s’il était sans espoir comme ses protagonistes devant cette société. Et si en contre coup, l’Européen de l’ouest n’est pas indifférent à cette œuvre, il possède apparemment encore une petite étincelle de vitalité. Cette étincelle deviendra-t-elle un feu comme l’autre fois, personne ne peut encore le dire. Mais s’il y a quelqu’un qui voudrait le voir, ce serait Michel Houellebecq.

Merci à Ursula Tichy pour son aimable traduction

 

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